Les Tsiganes  sont à Mertzwiller (Bas-Rhin) depuis 1929 près de l'Eglise, ce qui a engendré un conflit entre Jacques Weiss (mon camarade de classe à l'école primaire, sur la photo) et le curé, relaté dans "Le Monde" il y a quelques dizaines d'années. A l'arrivée des Nazis ils se sont réfugiés ou ont été internés à Lyon. Ayant eu la chance de ne pas avoir été remis aux Allemands par les autorités françaises, ils sont revenus après la guerre de sorte qu'à l'école primaire c'étaient les seuls à parler français. C'est pourquoi j'ai eu des rapports privilégiés avec eux. Ma mère, voulant me faire sauter le cours préparatoire sous prétexte qu'elle m'avait appris à lire le script (caractères d'imprimerie), de sorte que je ne pouvais pas lire l'écriture manuscrite de l'instit au tableau. Ainsi je me suis retrouvé dans la "crème" avec les illettrés. Un jour, l'instituteur voulait faire répéter une phrase, d'abord par la classe normale puis par les autres. Il dit "La crème" et ils répétèrent, non pas la phrase de l'instit, mais "La crème"!

Mertzwiller

Le curé voulait m'obliger à suivre son catéchisme, en allemand même après la guerre. En effet on parlait français à la maison bien qu'ayant signé un papier acceptant de parler la "Muttersprache", la "langue maternelle" sous-entendu l'allemand. Ma mère étant normande, on était "obligé" de parler français. Suite à une dénonciation un SS était venu nous inspecter et a dû le reconnaître. Je le vois encore très bien arriver, remontant l'allée de notre jardin. Ma mère avait déjà préparé le baluchon au cas où nous serions envoyés au camp de concentration du Struthof… Un voisin ayant crié "Vive la France" un jour où il était saoul s'y est retrouvé. Au "Kindergarten", le jardin d'enfant, l'institutrice, "Tante Alice", une voisine, avait le droit de me parler français car sa famille était du côté des Allemands. Je me demande d'ailleurs s'il n'y avait pas une corrélation avec la visite d'un Allemand qui parlait très bien le français et les questions qu'elle m'avait posées. (j'ai oublié lesquelles: j'avais 3 ou 4 ans!) mais le ressenti m'est resté.

Des yéniches habitaient, après la guerre dans des barraques destinées aux sans abris dans le quartier dit "Haut-les-mains" et c'est vrai que je me souviens avoir entendu des coups de feu mais peut-être venaient-ils d'ailleurs, de chasseurs par exemple.

On se demande quelle est la justification de renvoyer les Roms en Roumanie. Ont-ils un travail salarié? Mendient-ils? Volent-ils? Ils pourraient très bien être des artisans ou avoir un travail. Pourquoi ne leur propose-t-on pas, par exemple, de s'inscrire au registre du commerce? Personne ne se charge de nous donner une information qu'on ne veut peut-être pas connaître. On ne sait même pas si les Roms sont des clandestins. Les autres immigrés font du travail au noir ou ont un certificat de travail en bonne et due forme et sont pourtant des clandestins. Les Tsiganes sont en Europe depuis des siècles. On a peut-être besoin d'eux, comme des autres immigrés, pour faire les travaux dont les Français de souche ou assimilés ne veulent pas: ce sont nos Intouchables. Leurs enfants, s'ils sont scolarisés, deviendront des français comme les autres. En Hongrie, où les hotels étaient complets, nous en cherchions un qui nous accepterait et ce fut, au bord du lac Balaton, un hotel tenu par une tzigane (Ich bin Zigeuner, qu'elle a dit fièrement). Elle nous a donné la dernière chambre bien que réservée.

voir aussi   

Saint Denis et Mertzwiller

Café du commerce   et/ou bis

Agoravox

Habiter à Mertzwiller : J'y ai passé mon enfance et fait les 400 coups

 

Ouvrages (non lus) :

Bibliographie: faire, dans Google, "camps d'internement des tsiganes " filetype:pdf

Regards d'une femme manouche   
Brigitte Lecomte (chez l'auteur, 2 rue Kollerberg 67580 Mertzwiller)

MACIAJEWSKY Patrick
        Mertzwiller : une cité pavillonnaire
        Études tsiganes n°3-4/92, p. 71-75